L’arrivée de mon fils : récit d’accouchement

Lundi 18 à 15h45 37SA+6:

Pendant mon dernier rendez-vous avec le gynécologue, on discute de l’estimation du poids de mon bébé qui est dans la courbe haute. Je lui explique mon souhait « idéal » de pouvoir accoucher par voix basse sans instrumentalisation. Très empathique et humain il me fait part de ses doutes de réussite si on attend que bébé se décide à venir seul et me propose, si je le souhaite, un déclenchement dans les jours ou la semaine à venir. Je rentre chez moi un peu perdue mais c’est un mélange d’angoisse, de culpabilité, de soulagement et de réflexion. Mon mari me dit que c’est un mal pour un bien si on passe par un déclenchement car cela nous permet de mettre toutes les chances de mon côté pour mon accouchement par voix basse « de rêve en douceur »! De plus ça nous permettrait de faire garder notre fille sereinement et de ne pas être pris de court. Une partie de moi culpabilise quand même de ne pas laisser mon bébé et mon corps faire les choses à leurs rythmes. Une autre partie de moi est soulagée de pouvoir prévoir la garde de Perle surtout. Et je termine ma journée en me disant que le destin sait ce qu’il fait si bébé veut venir naturellement il arrivera de toute façon avant le déclenchement.

Mardi 19 ; 37 SA+7

J’attends l’appel de la maternité pour aujourd’hui ou demain, je me dis qu’ils vont certainement me déclencher en début de semaine prochaine. Je continue mes petites « routines magiques de grand-mère » pour déclencher naturellement mon travail. Je décide d’aller chez mon ostéopathe le jour même. Je suis motivée, jusqu’à ce fameux appel de la maternité. « Madame c’est le docteur R, on est ok pour le déclenchement on vous attend demain matin à 7h15 » C’est l’explosion dans ma tête… bon ok, go, allez, demain ou au plus tard jeudi j’aurais accouché. Je suis soulagée mais pétrifiée à la fois. Je dois vite tout préparer parce que le reste de la journée va défiler si rapidement ! Je m’active et je mets les préparatifs en œuvre, surtout l’organisation pour que Perle soit le mieux possible sans moi pour les quelques jours à venir. Quelques jours qui me paraissent énormes mais j’essaie de me raisonner et de tout préparer de ne pas penser négativement. Ma marraine et ma cousine s’arrangent entièrement pour venir s’occuper d’elle. Je suis soulagée je sais que Perle sera entre de bonnes mains. Tout va trop vite et je suis perdue, je n’ai le temps de rien.

Mercredi 20 à 5h45; 38 SA:

Je pleure. J’ai peur. Je tremble. Devant mon décaféiné que je m’efforce d’avaler, ma fille me manque déjà alors qu’elle dort dans le lit, j’ai envie de rester avec elle de la serrer contre moi et de crier « non je ne peux pas la laisser, non j’ai trop peur d’aimer moins un de mes enfants» Ma maman et mon papa m’envoient des SMS sans le savoir au bon moment, ils me réconfortent et m’encouragent. Je reprends du poil de la bête et je me prépare. Évidemment mon chéri est anxieux, il aime que tout soit carré et la ponctualité, moi je gratte chaque minute que je peux. On quitte notre appartement en retard, j’arrive à me détendre dans la voiture et ça me fait du bien, il est 7h20 et il fait nuit noire, je me laisse emporter dans ma bulle.

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J’arrive à cette fameuse maternité, je suis confiante à présent. Je suis seule dans la salle de pré-travaille, la sage-femme m’ausculte, constate que mon col est légèrement ouvert à 1 (hip hip hip pour mes remèdes naturels) et m’explique le déroulement du déclenchement. On va me poser un tampon imbibé d’un gel pour faire maturer encore le col et lancer les contractions, elle me dit que ça peut être long. Ma seule question est : « quand est-ce que mon mari pourra me rejoindre » Ouf dans 2 à 3 h quand je serais installée en chambre il pourra venir. Je patiente allongée, à cause du monitoring, j’essaie de respirer, me détendre et accueillir tout ce qui m’arrive « en pleine conscience » comme me conseillerait mon coach de vie adoré. Quelques heures plus tard je quitte les urgences et je vais dans ma chambre où je rejoins enfin mon chéri. On m’installe un petit nid douillet et on patiente encore que quelque chose se passe.

15h30

Petit monitoring pour voir… pas grand-chose parce que je n’ai pas de contractions, bébé est tout tranquille et tout va bien, la sage-femme me renvoie en chambre et me donne rendez-vous à 20h seulement. Mais moi les humeurs me jouent des tours, je suis un peu fatiguée et à fleur de peau, donc je m’impatiente, je doute, je panique et je pleure encore. Heureusement que mon chéri me réconforte et je m’endors d’épuisement.

20h

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Nouveau monitoring. Je redevient positive suite à ma sieste, je fais des squats et je danse un peu. Concrètement je ne contracte pas le moins du monde donc je culpabilise en me disant que je n’aurais pas dû accepter d’être déclenché finalement et que j’aurais dû attendre, quitte à avoir un gros bébé et finir en césarienne, il aurait décidé seul de sa sortie et moi je serais avec ma fille chez moi à cette heure si à regarder ses bêtises du soir. Elle me manque, un manque d’une douleur pire que mes micros contractions. J’essaie de me raisonner parce que je sais qu’elle est entre de bonnes mains mais je suis fatiguée, mon corps me lâche et mon cerveau déraisonne.

23h20

Je décidé de dormir jusqu’au prochain contrôle, finalement je contracte depuis plus d’une heure maintenant. Les contractions deviennent de plus en plus dures à gérer. Je n’avais pas connu cette intensité aussi rapidement pour mon premier accouchement. Passer de rien du tout à des contractions toutes les 5 minutes directement, c’est dur. Je tremble et je suis fébrile. Je suis en chambre heureusement que mon chéri m’aide et me soutient, on souffle ensemble, on souffre ensemble.

01h15 :

Lors d’un nouveau contrôle, un contrôle où la solitude me pèse parce que mon cerveau n’arrive pas à se détendre, je n’arrive pas à souffler. Le col ne bouge pas, je contracte oui, mais pas encore suffisamment. La sage-femme me donne des médicaments pour m’aider à surmonter la douleur. Je retourne dans ma chambre complètement affaiblie et démoralisée, je n’ai jamais eu autant mal de toute ma vie. Je prends une douche chaude, je suis totalement fermée à l’aide de mon homme, je me couche dans le lit et je serre les dents de toutes mes forces à chaque contraction, je n’arrive plus à accompagner et accueillir la douleur, je la combats avec le peu de force que j’ai. Heureusement vers 4h je m’endors d’épuisement entre deux contractions. Ce qui me permet de pousser encore le travail en chambre, avec beaucoup de souffrance, jusqu’à 8h. Mon mari me reconduit jusqu’aux urgences maternité, soulagé que j’y aille enfin et que je sois prise en charge. 

Jeudi 21.01.21 à 8h à 38 sa+1

Je sonne aux urgences « C’est madame Michel » dis-je pour la 7e fois en 24 h. Je passe à peine la porte que je suis immobilisée par une terrible contraction, heureusement que quelqu’un me voit et vient me chercher en chaise roulante. Une sage-femme déboule de nulle part à son tour et me dit « Madame Michel allez go en salle de naissance on va vous soulager » Les vibrations du fauteuil roulant me font du bien l’espace de 2 minutes, j’arrive en salle de naissance, j’ai le droit d’appeler mon mari pour qu’il vienne me rejoindre. Les 10 minutes que j’ai passées seules à attendre avec mes contractions m’ont paru des heures. La sage-femme m’explique qu’on va me poser la péridurale d’ici quelques minutes, je me sens soulagé d’avance et j’essaie de positiver… sans savoir que cette pose de péridurale serait épique et inoubliable.

L’anesthésiste, son interne et l’infirmière arrive en chambre. Je suis pleine d’espoir et de gratitude. Toute cette reconnaissance s’efface très vite au bout de 20 minutes à me trifouiller le dos et me martyriser. Finalement ils me disent ne pas trouver le bon endroit, je dois changer de position, me recambrer au maximum. C’est reparti pour 10 minutes insoutenables! Je crois même que je crie, je fais de mon mieux pour encaisser et me concentrer mais rien n’y fait il ne trouve pas. Enfin, l’interne passe la main à l’anesthésiste, on me rechange de position, on me demande d’y arriver avec eux parce que c’est la dernière fois qu’ils essaient avant de « faire autrement » donc il faut réussir me disent-ils. Hop en 5 minutes, j’ai mal, je sens quelque chose qui passe entre les os d’un coup sec, mais quel soulagement d’entendre « c’est bon c’est fait ». Enfin je me décrispe, je respire, j’écoute leurs gentilles excuses et j’entends surtout mon soulagement interne.

9h :

Mon chéri me retrouve après cette pose compliquée, la péridurale commence déjà à faire effet, je souris et m’apaise enfin après 12 heures de douleurs. La sage-femme m’examine et me dit que j’ai un beau col dilaté à 3 et qu’elle est fière du parcours depuis hier matin (c’est elle qui m’avait déclenché). Elle me dit que bébé appuie très fortement et que dans les contractions son cœur ralenti un peu, donc on va surveiller de près. Elle repasse régulièrement, mon col passe vite de 3 à 5. Je lui dis que le bébé pousse très fort que j’ai mal vers le sacrum, elle manipule un peu le petit et oriente bien sa tête ce qui aide un peu. Mais elle s’inquiète toujours des ralentissements du cœur donc elle nous dit que même s’il descend vite et que mon col répond bien elle préfère me percer la poche des eaux. Aussitôt dit aussitôt fait, 30 minutes après me voilà dilaté à 8. Il est presque 11 h, je lui explique que bébé pousse et que je commence à avoir très envie de pousser avec lui, elle me dit qu’on laisse bien le col s’effacer pour que je ne me déchire pas et qu’elle revient vite avec sa collègue.

11h30

J’appuie sur la sonnette d’appel, je dis à mon chéri « il va sortir faut qu’elles reviennent maintenant! ». Heureusement elles arrivent vite, elles regardent et me disent « ah oui la dilatation est ok, on voit les cheveux de votre fils. Bon, il est là votre bébé madame». Elles installent vite la table, j’essaie de respirer sans pousser trop fort mais il est là, tout au bord je le sens!

11h35

J’annonce « je dois pousser maintenant il veut sortir tout de suite ». Les sages-femmes détendues me disent « ok, allez y pousser, sa tête est déjà bien descendu ». Mon chéri m’attrape la tête et une jambe pour m’encourager, il regarde son fils sortir et avec une énergie folle il m’accompagne dans mes poussées. Je pousse une première fois, j’y mets toutes mes forces et je sens la tête qui sort mais cette sensation horrible de pression me fait mal. Je dis que je suis à bout de souffle, on me dit de récupérer et de repousser quand je suis prête, mais lui il n’est pas d’accord, il pousse et la pression augmente. Alors je n’attends pas de reprendre mon souffle ni d’avoir une contraction. J’ai trop mal! Je pousse avec une rage insoupçonnée tant je veux qu’il sorte, la tête sort bien, les épaules commencent à passer mais bloque légèrement. Mon chéri m’encourage mais j’avoue que je n’entends presque rien tant je suis en phase avec ce moment. Je fais une micro pause et je pousse une dernière fois, son corps entier est passé. ENFIN! Cette sensation de « sortie » est inouïe, inoubliable et inqualifiable. 

11h41

On pose mon fils sur moi, il est beau, tout gluant, il ne pleure pas, il est sage comme une image. Je le caresse, je regarde mon mari avec les larmes dans ses yeux. Je suis fière de nous. J’ai eu mon accouchement « de rêve » mieux que dans tous mes rêves réunis, malgré 12h de contractions intenses et la pose catastrophique de ma peri, j’ai poussé 5 minutes, j’ai tout senti, j’ai tout accompagné et avec mon homme à mes côtés. Eden est enfin là.

Voilà, voila,

Amicalement vôtre,

Kath


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