Lettre à ma fille

J’ai souvent entendu ma mère me dire « quand tu deviendras maman tu comprendras, tu verras ce que c’est »,effectivement je n’arrivais pas à comprendre. Aujourd’hui je sais, je sais pourquoi et j’aimerais dire à ma fille à mon tour « un jour quand tu deviendras mère là seulement tu sauras à quel point je t’aime »

Ma fille,
Je te regarde dans les yeux et je suis certaine d’y voir un morceau du paradis. Je pense que tes yeux sont une porte directe sur un aperçu du bonheur pur et absolu.

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On me dit souvent « tu gères malgré la fatigue, tu gardes le sourire et tu as bonne mine, tu es une maman patiente et tu sembles si épanouie dans ton rôle »
J’aime que l’on me le dise, mais parfois je n’ai pas l’impression de le mériter parce que trop souvent je suis vraiment fatigué, parfois c’est dur.

La charge mentale d’une femme change lorsqu’elle devient mère et je n’en étais pas consciente avant. Mais en même temps, jamais de ma vie, je n’avais autant appris à lâcher prise, être patiente et me faire confiance. Surtout que l’on n’entend pas que des compliments quand on est une nouvelle maman, on me dit trop souvent « ne la laisse pas dormir avec toi c’est une mauvaise habitude, la chambre des parents c’est la chambre des parents, ton couple en pâtira, donne-lui un rythme pour le sein et si elle pleure tu la laisses un peu pleurer pour qu’elle s’habitue etc» Et l’ultime conseil, celui qui ne m’apporte absolument rien « tu verras moi je te dis ça pour plus tard parce que tu n’en pourras plus »

Je ne discrédite pas l’éducation de chacun, mais ce n’est pas mon éducation, ce n’est pas ma façon d’être mère, ce n’est pas cela qui me rend épanouie, parce qu’être épanouie passe par ton épanouissement à toi, Perle et te frustrer ou t’obliger à faire des choses qui te dépasses pour le moment, ne t’épanouisse pas du tout.
Pardon, je m’éparpille.

Je te disais ma fille que parfois c’est compliqué parce que je suis fatiguée.

Tu sais tu ne dors pas beaucoup la nuit, tu fais partie de ses bébés qui ont besoin du contact, qui ont besoin d’être rassurée inconditionnellement. Alors je ne dors pas souvent, je suis là près de toi, je t’allaite, je te prends sur moi, je te serre contre moi, je te caresse et te réconforte comme je peux pour que tu passes une nuit la plus paisible possible. Je ne sais pas être la maman qui t’oblige à adopter mon rythme de vie à moi. Je suis la maman qui « supporte » cette fatigue mais qui sait que c’est éphémère.

Oui ma fille c’est éphémère, quand tu deviendras mère tu comprendras que je préfère t’avoir près de moi, au péril de ma forme, parce que cela ne durera pas.
Un jour tu t’en iras et cela arrivera plus vite que ce que je le crois.

Tu n’auras plus besoin de moi pour dormir et au lieu d’être heureuse de dormir, je resterai éveillée à me demander comment tu vas, si tu ne rentreras pas trop tard, je me demanderai ce que tu fais, avec qui et si tu es en sécurité. Quand enfin je m’endormirais, je me réveillerai en cherchant de tes nouvelles et tu me diras « tout va bien maman tu exagères c’est juste que je n’avais plus de batterie » et à ce moment-là, ce moment précis, les moments où tu t’endormais près de moi « en sécurité » me manqueront.

Souvent aussi je suis dépassée par cette aventure qu’est l’allaitement, tu restes beaucoup au sein, pas que pour te nourrir mais beaucoup pour te rassurer et te réconforter. J’aimerais changer les choses et je me dis que ça serait plus simple si tu prenais le biberon. Finalement quand je te regarde si paisible et heureuse contre mon sein, quand je me dis que j’ai de la chance de te nourrir, de t’empêcher d’avoir faim et de t’apaiser grâce à la force de mon corps et grâce à la magie de la vie. Alors la patience m’envahit car je sais que c’est éphémère.
Oh oui c’est éphémère.

Un jour Perle j’aurais peur parce que peut-être que tu refuseras de te nourrir,  quand tu grandiras je m’inquièterais en me demandant si ton frigo est rempli, si tu as de quoi te faire à manger ou si on te cuisine des petits plats, un jour je ne serais plus ta mère nourricière et je me dirais « ce n’était pas si dur finalement ».

Aujourd’hui je m’inquiète parce que tu bouleverses ma vie d’avant, mais ce que je sais, c’est que ma vie de maintenant deviendra bien trop vite « ma vie d’avant ». A ce moment là je ne pourrais plus faire marche arrière.
Aujourd’hui tu me réclames la fusion, Perle, sache que j’ai les épaules pour vivre cette fusion. J’ai le cœur qui déborde d’amour pour toi et je ne pense pas mal faire en t’aimant « trop ». Je sais aussi de cette façon que je remplis ton cœur de « trop » d’amour.

Un jour c’est toi qui me frustreras en ne me donnant pas beaucoup de nouvelles ou en ne mangeant pas avec moi, mais là aussi j’aurais les épaules pour, puisque j’aurais rempli mon cœur d’amour, de patience et de tolérance pour avancer à ton rythme.

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Alors oui je suis fatiguée, tu es collé à moi, je suis celle qui te nourrit et te rassure. Sauf qu’un jour je ne serais plus celle-là et mon cœur sera souvent vide de toi, mais tout cela tu ne t’en douteras pas tant qu’à ton tour tu ne seras pas mère ma Perle.
Tant que tu ne blottiras pas ton enfant contre toi, tant que tu ne seras pas épuisée, comme moi aujourd’hui, tant que l’amour de ta chair ne sera pas ton plus grand moteur, ce jour là tu apprendras que rien n’est insurmontable, rien n’est trop dure, rien ,’est trop fatiguant parce que l’amour pour son enfant dépasse les montagnes.

Voilà, voilà,

Ta maman qui t’aime

Kath 


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